En partenariat avec les employés des zones protégées du Myanmar, les chercheurs du Smithsonian ont mené de vastes recherches au refuge faunique de Chatthin, dans le nord du pays. Combinant radio-surveillance, techniques de relevé et données géospatiales, une équipe de chercheurs a établi une base de données biologiques de référence permettant de suivre les tendances de la population et d’étayer les décisions concernant la gestion des espèces sauvages

Crédit photo : Bill McShea.
Crédit photo : Bill McShea.

Depuis plus de 20 ans, les chercheurs du Smithsonian luttent pour la sauvegarde du cerf d’Eld, ou thamin, une espèce d’Asie du Sud-Est fortement menacée d’extinction et dont la population s’étendait autrefois à travers toute l'Asie du Sud-est, du Vietnam à l’Inde. Aujourd'hui, il n’y aurait plus que 2 500 cerfs à l’état sauvage, principalement en Birmanie et au Cambodge. Sous la direction de Bill McShea, Melissa Songer et Peter Leimgruber, des chercheurs ont cartographié les forêts tropicales sèches, le territoire du cerf d’Eld. Ils ont ainsi pu mettre en évidence des populations sauvages encore méconnues.

Mel Songer et les membres de l’Équipe d’écologie du thamin (cerf d’Eld) au camp de Samaung, dans le refuge faunique de Chatthin, en Birmanie. 
Crédit photo : Mel Songer.
Mel Songer, aux côtés des membres de l’Équipe d’écologie du thamin (cerf d’Eld) au camp de Samaung, dans la réserve birmane de Chatthin. Crédit photo : Mel Songer.

Les pressions croissantes de l’agriculture, de l’exploitation forestière et des autres activités humaines remettent en question ces forêts – et assombrissent l’avenir du cerf d’Eld. C’est la raison pour laquelle les scientifiques du Smithsonian cherchent par tous les moyens à inverser cette tendance récente.

Un cerf d’Eld au SCBI de Front Royal, VA. 
Crédit photo : Mehgan Murphy/NZP.
Un cerf d’Eld au SCBI de Front Royal, Virginie. Crédit photo : Mehgan Murphy/NZP.

Avec l’aide de leurs collègues birmans, Melissa et Peter ont recensé les pressions exercées sur les ressources forestières, telles que la récolte de bois ou la chasse au cerf d’Eld dans les villages autour de Chatthin. En comprenant en quoi la survie des communautés locales dépend des forêts qui leur fournissent nourriture, abri et médicaments, nous pouvons nous unir pour trouver des moyens de limiter l’impact exercé sur les forêts sèches sans nuire à la population. Cette activité rapproche la science de la conservation et les communautés humaines en proposant des solutions fondées sur le développement de nouveaux moyens de subsistance.

\"Biodiversity conservation is essential for sustainable development,\" at the Chatthin Wildlife Sanctuary. Photo credit Mel Songer.
Pour la réserve de Chatthin, « la conservation de la biodiversité est essentielle au développement durable ». Crédit photo : Mel Songer.

Les scientifiques du Smithsonian apportent un point de vue mondial qui enrichit la recherche et facilite la prise de position des pouvoirs publics en faveur de la conservation du cerf d’Eld et des autres espèces en voie d’extinction. Bill est coprésident du groupe des spécialistes du cerf à la Commission de survie des espèces, qui est chargé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) de surveiller l’état de la conservation de 65 espèces de cerfs à travers le monde.  

Crédit photo : Bill McShea.
Crédit photo : Bill McShea.

Outre ses recherches sur le cerf d’Eld, Bill étudie le cerf de Virginie dans l’est des États-Unis. Presque exterminée par les chasseurs dans les années 1920, cette espèce qui compte aujourd’hui une population de plus de 25 millions de têtes doit sa survie à une gestion réussie des espèces sauvages. 

Le nombre croissant de cerfs de Virginie, très friands de pousses de chêne et de bien d’autres essences végétales, a entraîné une forte diminution du nombre de chênes dans les forêts de l’est et menace beaucoup de fleurs sauvages.

« Il est important de voir les deux faces de la médaille de la conservation : ce qui se passe quand un cerf est menacé d’extinction, comme en Birmanie, et quand il prolifère, comme dans l’est des États-Unis, » explique Bill. « L’expérience du cerf de Virginie montre qu’avec de bonnes mesures de protection, le cerf d’Eld pourrait se rétablir et s’inscrire dans le paysage humain et naturel birman. »

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Le parc zoologique de Khao Kheow a vu naître le premier cerf d’Eld conçu par fécondation in vitro d’une mère porteuse. Crédit photo : avec l'aimable autorisation du parc zoologique de Khao Kheow, en Thaïlande.

Le Smithsonian ne se contente pas d’effectuer des recherches. Avec les autorités, nous veillons à ce que les solutions définies par la recherche soient mises en œuvre. Après avoir consulté le gouvernement birman pour élaborer un nouveau programme de sauvegarde du cerf d’Eld, les scientifiques du Smithsonian ont collaboré avec le gouvernement norvégien en vue de financer des réserves naturelles en Birmanie, comme celle de Chatthin. 

Les recherches sur la conservation du cerf d’Eld se poursuivent à l’Institut de conservation biologique du Smithsonian (SCBI) de Front Royal, VA, où les scientifiques Steven Monfort et Pierre Comizzoli ont mis au point des techniques d’insémination artificielle et de fécondation in vitro pour le cerf d’Eld

En 2011, le parc zoologique de Khao Kheow, en Thaïlande, a vu naître le premier cerf d’Eld conçu par fécondation in vitro selon un processus élaboré par le SCBI.

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