Le projet Recovering Voices (collecte de voix) fait partie d’une initiative mondiale de revitalisation des langues menacées. Les chercheurs du Smithsonian documentent les langues et cultures en voie de disparition et organisent des activités de préservation et de revitalisation avec les communautés concernées. De plus, en collaboration avec les communautés et des organisations internationales partenaires, Recovering Voices crée un réseau mondial de communautés, de musées, d’universités et d’autres organisations œuvrant à la régénération des langues en péril.

Plus de 7 000 langues sont parlées dans le monde aujourd’hui. Or, selon les experts, une langue disparaît tous les trois à quatre mois. À ce rythme, plus de la moitié des langues du monde ne seront plus parlées d’ici la fin du siècle, faute d’intervention

La disparition des langues est un problème local aux répercussions mondiales. En effet, la diversité linguistique et culturelle est essentielle à la résilience et à la vitalité culturelle de l’humanité, un peu comme la diversité biologique de notre planète. Chaque langue unit plusieurs générations d’adaptations humaines à l’environnement et joue un rôle clé dans la compréhension et la conservation de la diversité biologique et culturelle.

L'initiative Collecte de voix (Recovering Voices) du Smithsonian encourage la documentation et la revitalisation des langues menacées à travers le monde et des connaissances qu’elles renferment.  Cette initiative du Smithsonian est le fruit d'un partenariat entre le musée national d'histoire naturelle, le Center for Folklife and Cultural Heritage, le musée national des amérindiens, ainsi qu'un réseau mondial de partenaires qui soutiennent l'étude : l'Université d'Hawaï, la Endangered Language Fundle Myaamia CenterCultural Survivall'UNESCO, le Hans Rausing Endangered Languages Program à l'École des études orientales et africaines et l'Université de technologie d'Auckland en Nouvelle-Zélande.  À l’aide de recherches, d’opérations de sensibilisation, de collaboration avec les communautés et d’un accès aux collections du Smithsonian, l’initiative Recovering Voices documente, préserve et revitalise des traditions linguistiques pour les générations d’aujourd’hui et de demain.

Conservateur chargé de la mondialisation au Smithsonian, Joshua A. Bell travaille en Papouasie-Nouvelle-Guinée auprès des communautés du delta du Purari, dans le golfe de Papouasie, afin de documenter et de préserver leur langue et leur savoir traditionnel. Il se parle aujourd’hui plus de 850 langues différentes en Papouasie-Nouvelle-Guinée, des langues qui détiennent des informations vitales sur des écosystèmes de plus en plus fragiles, menacés par l’exploitation forestière, les industries extractives et le dérèglement climatique.  

Joshua A. Bell et Keneva Henry Ke’a avec la réédition d’une monographie de F. E. Williams sur le delta du Purari datant de 1922, qu’ils ont traduite en i’ai pour la communauté.  Crédit photo : Joshua A. Bell.
Joshua A. Bell et Keneva Henry Ke’a avec la réédition d’une monographie de F. E. Williams sur le delta du Purari datant de 1922, qu’ils ont traduit en i’ai pour la communauté. Crédit photo : Joshua A. Bell.

Joshua partage les collections du Smithsonian relatives au delta du Purari avec les communautés concernées, et collabore avec ces dernières en vue d’enregistrer les connaissances autochtones sur l’environnement que l’on trouve dans les chants, les légendes et les objets. « Recovering Voices nous permet d’améliorer notre collaboration avec les communautés de Papouasie-Nouvelle-Guinée et d’ailleurs, et de mieux faire connaître les collections du Smithsonian aux communautés autochtones qui cherchent à documenter et revitaliser leurs traditions », explique Joshua. 

Il travaille avec les habitants du village de Mapaio, sur place et à Washington, DC, au développement de documents pédagogiques et de référence dans la langue locale, le i’ai, et en anglais. Jusqu’à présent, leur action a porté sur un livre de photographies prises en 1922, sur des affiches illustrant les connaissances ethnobotaniques locales, ainsi que sur la tradition de la vannerie, avec les connaissances traditionnelles qu’elle induit. Ce matériel confère une nouvelle forme et un nouveau mode de circulation populaire au patrimoine.

Relevé sur site par Gabriela et l'érudit Fernando Sánchez López, description du lieu et des plantes associées sur le site de La Ventosa, Juchitán de Zaragoza, Oaxaca. Septembre 2014. 
 Crédit photo : 
 Gibrán Morales Carranza.
Relevé sur site par Gabriela et l'érudit Fernando Sánchez López, description du lieu et des plantes associées sur le site de La Ventosa, Juchitán de Zaragoza, Oaxaca. Septembre 2014. Crédit photo : Gibrán Morales Carranza.

Gabriela Pérez Báez, linguiste au Smithsonian, documente et examine le zapotèque de l’Isthme à La Ventosa au sud du Mexique.  Si dans 20 communautés sur 22, des dizaines de milliers d'adultes parlent encore le zapotèque de l'Isthme, ce n'est plus le cas des enfants.  Aux côtés des communautés locales, Gabriela documente cette langue menacée, conçoit des activités de revitalisation et appuie les initiatives existantes dans les écoles locales.  

Gabriela (with Vicki Funk, Fernando Sánchez López, Pedro Trujillo Vera, Kenia Velasco Gutierrez, Alberto Reyes García and Brenda García Curiel) in Oaxaca on an ethnobotanical survey trip in April 2015. Photo Credit: Gibran Morales Carranza.
Gabriela (avec Vicki Funk, Fernando Sánchez López, Pedro Trujillo Vera, Kenia Velasco Gutierrez, Alberto Reyes García et Brenda García Curiel) à Oaxaca lors d'une expédition ethnobotanique en avril 2015. Crédit photo : Gibran Morales Carranza.

Gabriela compile actuellement un dictionnaire de zapotèque de l’Isthme (ou zapotèque de Juchitán), ainsi qu’un herbier ethnobotanique multilingue au format numérique, qui servira de portail aux collections numériques de spécimens végétaux préservés, présentées en zapotèque, en anglais et en espagnol. L’herbier fait partie d’une série de ressources éducatives que prépare Gabriela, qui comprendra notamment des programmes scolaires, des affiches permettant aux élèves d’identifier les plantes et des formations pour que les enseignants puissent utiliser ces ressources en classe. Pour collecter le matériel nécessaire à ces nouvelles ressources, Gabriela s’est associée à des chercheurs de La Ventosa, à des botanistes du Smithsonian et d’institutions mexicaines telles que l’Herbario Nacional (MEXU), ainsi qu’à un artiste oaxacan. Ces ressources feront connaître les espèces de plantes locales aux élèves de tous âges et permettront de revitaliser la langue, les sciences et les connaissances culturelles de la nouvelle génération à La Ventosa et dans 22 municipalités dans l'isthme.    

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